BLIND MAIDEN
L’oeuvre spécialement conçue et réalisée par Morgane Tschiember pour la première biennale de Belleville s’intitule Blind Maiden.
Dans le sillage de ses Iron Maiden (2007), l’artiste propose une nouvelle fois une oeuvre hybride : à la fois peinture et sculpture ou plutôt, ni l’une ni l’autre. On peut aussi la qualifier de “Ready-made… assisté” ; Ready, parce que c’est une automobile toute faite ; assisté, parce que, tout comme Duchamp affubla de moustaches la Joconde, Morgane Tschiember a repeint la Mona Lisa des automobiles : une Ferrari.
Mais contrairement à la majorité des artistes contemporains qui ont peinturluré des carrosseries de voitures, Morgane Tschiember a peint tous les éléments qui font avant tout d’une voiture, un volume (ou une sculpture) subordonné à la vue ou à vision : phares, pare-brise, lunette et feux arrière, rétroviseurs et autres glaces…
Par cette intervention minimale, elle en modifie la perception, sensiblement et conceptuellement. Fût-elle célébrée sa couleur rouge et pour la créativité de son design précisément, Morgane Tschiember souligne davantage, autant l’aspect volumétrique ou tactile de la Ferrari que ses qualités optiques : le fameux “rouge Ferrari” contraste ici avec l’autre couleur, discrète mais tout aussi emblématique, de la célèbre marque : le jaune de son blason (ou de son logogramme au cheval cabré).
Ces modifications supposent toutefois au moins trois choses : d’abord que l’automobile en général soit ici neutralisée et comme médusée ; secundo, que son aérodynamisme de bolide (ou de projectile en puissance), y soit réduit à l’impuissance ; enfin, que la Blind Maiden ne soit, comme telle, ni réductible à un joujou de luxe à l’usage de richissimes Pipoles ni à la popularité effective de ce qui passe ordinairement pour être une marque par excellence…).